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 Joindre l’utile à l’agréable [PV : Joanie Nguyen]

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ft. : Tian Jing


MessageSujet: Joindre l’utile à l’agréable [PV : Joanie Nguyen]   Dim 17 Juin - 21:42

Joindre l’utile à l’agréable

Lu Hai Fen venait d’arriver en ville afin de régler les « trucs » administratifs chiants concernant son installation ; tonton était bien gentil pour la maison, mais il aurait pu se charger de ça aussi. Les mairies, c’était pas son truc. Elle préférait être derrière les fourneaux ou en train de se balader. Jamais sans son chien et la plupart des mairies étaient fermées à ses amis les canidés. Pourtant, elle savait bien que Zhang Fei se tiendrait bien.
Zhang Fei, c’est son gros chien, un dogue du Tibet de soixante-quinze centimètres au garot et soixante-quinze kilos. Tantôt méfiant et agressif, tantôt affectueux et joueur. Jamais sans sa maîtresse. Il ne supportait pas qu’elle soit loin de lui et veillait sur elle comme le plus précieux des trésors. Quiconque lui faisait du mal était maudit sur cinq générations par ce gros chien à la bonne bouille ; si tant est qu’un canidé était capable d’une telle pensée.

Elle avait longtemps hésité sur la tenue à mettre. Pour les « trucs » administratifs, tonton Wang avait toujours préconisé la sobriété et la classe au trop coloré et fluo des vêtements de sa nièce. Ce monstre était capable de faire mélanges improbables de couleurs à vous en faire fondre les rétines de manière littérale. Ce qui en soi est une exagération, évidemment, et devait sans doute être douloureux. Au final, elle écouta partiellement les conseils de son oncle à la mine sévère lui revenant en tête. Elle débarquerait vêtue d’une mini-jupe rouge vif et des collants bicolores orange-violet ; le reste de sa tenue étant relativement sobre ; des souliers vernis noirs, une chemise blanche avec un nœud papillon d’un rouge pas trop voyant et une veste de tailleur grisonnante et vieillissante. C’était… un joyeux foutoir visuel. Zhang Fei en aboya de honte.
Mais quelle conne des fois…


****


Salle d’attente. Il n’y avait pas trop de monde mais elle n’aimait pas trop attendre, comme tout le monde en fait. Et pourtant, en Chine, elle avait pris l’habitude d’attendre, ce n’était pas si grave en soi. Mais l’ambiance n’était pas la même. Elle s’était assise et dégustait sa troisième sucette au coca-cola de la journée. Du coin de l’oeil, elle surveillait Zhang Fei qui était resté dehors, tout penaud, ne faisait pas attention à l’homme qui, depuis un moment, essayait de capter son attention en déblatérant des conneries sur les asiatiques et comme quoi il avait a-do-ré sortir avec des chinoises ; et en plus, ce con avait commencé par la tutoyer. Ce qu’elle ne supportait pas venant de la part d’un homme. Et puis c’était reparti sur l’immense politesse des femmes asiatiques et leur docilité.


- Hé, hé, monsieur ?… ta gueule. lâcha t-elle d’un seul coup, sans sourire ; parce qu’elle avait envie de le cuisiner pour ce soir, sauce moutarde.

De son côté, Zhang Fei profita que quelqu’un entre pour en faire de même et se précipiter auprès de sa maîtresse, se postant soigneusement entre le monsieur et Hai Fen. Montrant les crocs.
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MessageSujet: Re: Joindre l’utile à l’agréable [PV : Joanie Nguyen]   Lun 18 Juin - 16:33

La vie de maire était bien moins palpitante que ce que l'on pouvait croire. Après tout, elle travaillait pour l'état. De ce fait, elle n'était qu'un outil parmi tant d'autres, un mécanisme qui ne pouvait se permettre d'être défaillant. Joanie n'irait pas jusqu'à dire qu'elle s'ennuyait dans son travail : il y avait bien pire. Au moins, elle se sentait utile. Plus ou moins. Elle avait surtout l'impression que peu de gens attendaient réellement quelque chose d'elle. Normal. Elle n'était que de passage. Elle ne rentrerait pas dans l'histoire. Quand elle voyait la tournure qu'étaient en train de prendre les choses, elle en était ravie. Ce n'était pas facile d'être mairesse de la ville la plus morbide du Maine. M'enfin. Au moins, ils n'étaient pas coupés du monde, comme à Chester's Mill. La bourgade avait son charme, notamment lorsque l'on appréciait le silence et les paysages de campagne profonde, mais s'y rendre lui donnait la chair de poule. Il y avait quelque chose de glauque dans le sourire des épouvantails qui semblaient saluer ironiquement les voyageurs en perdition et une sorte de perfidie dans la manière dont le soleil vénérien dessinait leurs ombres branlantes.

Oui, il lui arrivait de s'ennuyer, mais elle préférait être ici plutôt qu'ailleurs. Le soleil était haut dans le ciel lorsque la réunion du conseil municipal s'acheva; onze heures tapantes, certainement. Le conseil n'était jamais en avance, souvent en retard, rarement efficace. La douce mélodie de la fonction publique. Il fallait dire que la réunion, qui portait sur le ramassage des ordures et la construction d'une nouvelle usine d’assainissement, n'avait pas été des plus passionnantes. Joanie soupira; les conseillers retournaient à leurs dossiers dans une sorte de cacophonie soulagée : elle était réputée pour ses remarques acerbes, mais juste. Leur pertinence ne les rendait pas plus faciles à accepter, bien au contraire. Elle rassembla les épaisses chemises de carton qui lui avaient été rendues : ça lui ferait de la lecture. Comme si elle n'en avait pas assez. Elle glissa le dossier de Stella Perry tout à la fin de la pile. Celle-ci ne savait absolument pas écrire de manière concise et Joanie n'avait en aucun cas le courage de s'attaquer à cette bouillie indigeste et inintéressante. Peut-être après un café. Voire dix.

Elle quitta la pièce avec un air austère plaqué sur son visage. On ne pouvait ignorer qu'il s'agissait d'une femme de poigne. Sa mère disait qu'elle était née avec un pli sévère au-dessus des lèvres, ce qui les rendaient si inhospitalières et si acérées. Elle trimbalait avec elle un sérieux qui ne l'avait jamais quittée et qui lui servait d'armure, notamment au travail. Personne ne pouvait penser qu'il était aisé de lui chercher des noises. Et puis quoi encore ? Joanie allait retourner à son bureau; elle avait du pain sur la planche. Ce fut sans compter un aboiement aigu qui provenait de la salle d'attente. Elle roula des yeux. Encore quelqu'un qui s'était ramené avec son clébard. Elle même avait adopté un chien suite aux récents événements, mais elle n'aurait pas supporté qu'il ne la colle constamment. Agacée, elle rebroussa chemin jusqu'à la salle d'attente, où une jeune femme à allure des plus ridicules et un type aux yeux torves et jaunis par l'alcool se faisaient face, seulement séparés par une bestiole aux pattes plus épaisses que ses cuisses. " Qu'est-ce qu'il se passe, ici ?" La mairesse songea à virer ses réceptionnistes. Ce n'était pas l'heure du déjeuner, que diable. " A moins qu'il ne s'agisse d'un chien de service, les animaux sont interdits. Nous ne sommes pas sur un ring de boxe, je vous prierai donc de le calmer et de le laisser dehors, Madame." asséna t-elle, les bras croisés, les dossiers toujours serrés contre sa poitrine. A vrai dire, cette petite distraction était la bienvenue.
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MessageSujet: Re: Joindre l’utile à l’agréable [PV : Joanie Nguyen]   Lun 25 Juin - 18:43

" A moins qu'il ne s'agisse d'un chien de service, les animaux sont interdits. Nous ne sommes pas sur un ring de boxe, je vous prierai donc de le calmer et de le laisser dehors, Madame."

luhaifen.exe a cessé de fonctionner. Veuillez redémarrer l’appareil.

Des femmes fortes et magnifiques, rappelant un peu la très impressionnante et d’une impériale beauté l’Impératrice Wu Zetian, il y en avait pas assez sur Terre et Lu Hai Fen ne savait jamais comment agir avec celles-ci pour les séduire ; si toutefois elles étaient intéressées.
Sa bouche s’était ouverte sous le coup de la surprise. Si elle avait su que la mairesse de la ville était d’une aussi grande prestance et d’une aussi grande beauté, elle aurait fait un effort sur la tenue.
Le regard de Zhang Fei passa de sa maîtresse au monsieur qui dérangeait à la mairesse, puis fit le chemin inverse, puis le refit encore une fois, puis il grogna à nouveau contre le monsieur et alla saluer la mairesse comme un bon gros chien de soixante-quinze mètres au garot et de soixante-quinze kilos pouvait faire. Il vint la renifler au niveau des jambes puis frotta sa tête contre elle, comme quand il voulait un câlin.


- Zhang Fei, tu reviens tout de suite ! s’exclama t-elle en chinois. Zhang Fei, au pied !

Elle ne fit pas attention aux remarques de l’autre couillon.

- Pfft, elle ferait mieux de le manger son chien, elle tiendrait l’hiver…

Elle tira sur le collier du gros chien.

- Désolée madame. Bonjour madame. Zhang Fei ne vous embêtera pas, il devait attendre dehors… Zhang Fei, tu sors ! Zhang Fei, allez… tu déranges la madame !

Le gros chien était un poil lourd à traîner donc elle eut du mal à le faire reculer. A la place, elle tomba à la renverse et se cogna la tête.

Wasted.

Bordel, ça faisait mal.

En réaction, le gros chien se retourna et vint lécher la joue de sa maîtresse et posa une patte amicale sur sa poitrine.
Tu vas bien te relever, hein ? Tu vas pas faire le coup de t’évanouir, pas vrai ? Hai Fen ? - le chien aboyait pour la réveiller.

En arrière-plan, l'autre homme rigolait doucement de la situation. On l'appellera PNJ sans importance dans ce bout d'histoire car Hai Fen ne fera probablement que lui arranger un banal accident dans lequel elle prendra soin de récupérer quelques morceaux délicieux pour les repas à venir. Elle avait hâte de déguster un bon carpaccio maison. Elle devrait peut-être inviter quelqu'un pour l'occasion...
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MessageSujet: Re: Joindre l’utile à l’agréable [PV : Joanie Nguyen]   Jeu 28 Juin - 19:25

On aurait dit une pièce tragi-comique sans queue ni tête, du genre qui sont jouées à la va-vite, sans texte ni répétitions, dans des déguisements conçus à partir des vieux chiffons bariolés trouvés dans le grenier. Le décor, une mairie grisâtre et sans charme, qui exultait l'odeur surannée et acre des dossiers qui s'empilent à vue d’œil ; les personnages, trois silhouettes déformées sans rapport les uns avec les autres, chacun porteurs de leur histoire et de leur exubérance qu'ils portaient comme un étendard, l'air de dire «  Regardez-moi plus que les autres ! » , un peu comme un cri que l'on répugne à articuler. Les trois se regardèrent durant un instant en chiennes de faïence  - après tout, ici, les femmes foulaient en maîtresse ce carrelage démodé – et le silence s'étira comme la seule et unique note discordante d'une cantatrice qui s’époumone à la frontière entre l'art et le massacre. Affalé sur un fauteuil à la teinte douce et mentholée, le mâle décharné et parcouru de tressautements – sans doute liés à un abus d'une quelconque substance – ricanait comme si quelque chose d'infiniment amusant échappait aux deux jeunes femmes. Enfin, jeunes. Façon de parler. C'était la façon dont Joanie préférait se qualifier. Elle en avait le droit, non ?

Quant à la jeune demoiselle aux milles couleurs – peut-être vendait-elle des illusions et des rires à la sauvette aux petites pousses du quartier, ce qui expliquerait le choix de ses vêtements dont l'harmonie était... discutable - , elle-même semblait happée dans une boucle temporelle qui occultait les événements présents. Ses lèvres lisses et fardées d'un carmin théâtral révélaient un puits sans fond ; d'un coup, elle sembla se faire toute petite, ce qui, sans sa tenue, aurait pu marcher sans problème. La sévérité qui figeait les traits ciselés de la mairesse sembla se fissurer lorsque l'imposant chien, langue pendue et yeux pleureurs, vint se frotter à ses jambes. Ignorant à la fois l'air suppliant du chien – hors de question que ses mains ne sentent la bête humide – , elle se concentra sur la jeune fille qui semblait totalement sous le choc... de quoi, d'ailleurs ? Joanie n'en savait absolument rien. Avait-elle en effet besoin du chien ? Peut-être souffrait-elle d'anxiété sociale et n'osait pas prendre la parole.  Finalement, elle s'exprima dans une langue aux intonations irrégulières et autoritaires que Joanie crut reconnaître comme étant du mandarin.

-« Enfin, Madame, reprenez vous. Si vous avez besoin de ce chien, vous pouvez évidemment le garder. Mais il ne peut pas grogner sur les gens comme ça. Les soucis, ici, c'est la police qui les règle, pas les animaux. » asséna t-elle, l'air plus ennuyée qu'elle ne l'était réellement.

Elle avait toujours répugné à appeler les autres femmes « mademoiselle » et ceci, peu importe leur âge. Pourtant, l'allure clownesque de la jeune femme trahissait un malaise enfantin. Quoique. Une femme un tant soit peu mature n'aurait pas osé venir accoutrée d'une telle manière pour réaliser des procédures administratives, si ? Pire, était-ce un rendez-vous qui lui était sorti de la tête ? La fille arc-en-ciel la fixait comme si elle attendait quelque chose de sa part. Interloquée, elle l'observa, le regard plissé, s'acharner sur le collier du chien qui était visiblement intenable. Pendant ce temps, l'ivrogne se confondait en blagues qui n'auraient fait rire que les plus gros beaufs du PMU.

« Je vous prierai d'éviter ce genre de remarques très inspirées en ma présence, Mr Poectucky. »

Joanie l'avait interpellé en haussant considérablement le ton, comme si seule la conversation avec la jeune chinoise était vouée à l'intimité. Elle était suffisamment vieille pour ne plus faire semblant de s'amuser d'une « blague » raciste, sexiste ou homophobe, surtout celles qui manquaient cruellement d'esprit. Si encore ceux qui se plaisaient à les raconter innovaient de temps en temps... La quarantenaire haussa des sourcils à l'écoute des balbutiements angoissés de la jeune femme, qui se répandait en excuses.

« Il n'y pas mort d'homme. » Joanie marqua une pause, un peu préoccupée par les rebuffades plutôt impressionnantes de la bête, qui tenait plus du colosse aux pattes griffues qu'à une gentille peluche. « Vous avez du mal à le contrôler, non ? »

A peine eût elle achevé sa phrase, que la pauvre femme tomba à la renverse, comme une poupée de chiffon rejetée par une enfant ingrate. Le bruit du cartilage sur le carrelage fût assez distinct pour faire grimacer la mairesse, qui se précipita à ses côtés, ignorant le pauvre idiot que s'esclaffait dans le fond de la pièce. Un peu désemparée et intimidée par le chien qui s'était posté en protecteur au dessus de la silhouette inerte, elle se pencha, hésitante.

«  Madame, tout va bien ? » demanda t-elle d'une voix précipitée. Elle tapota sa joue translucide avant de faire serpenter son oreille vers sa bouche toujours entrouverte, comme si les mots n'avaient pas eu le temps de sortir, en espérant entendre une respiration, aussi faible fût-elle. Finalement, elle glissa sa main dans le creux de celle de l'évanouie. « Si vous ne pouvez pas parler, serrez-moi la main. » indiqua t-elle, son discours appuyé par les jappements de Zhang Fei.
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